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Ma cellule

  • Photo du rédacteur: Martin Perrin
    Martin Perrin
  • 10 févr.
  • 3 min de lecture

Des motifs striés, qui s’enchevêtrent, se contournent, s’entrechoquent, de leurs couleurs, tantôt vives, tantôt grisonnantes ; un siège, triste ; des affaires, bien rangées ; et dehors, d’imposants platanes, sans conversation. Je tourne en rond. Je regarde par la fenêtre. Les arbres sont noyés dans la brume matinale. On ne voit rien. On n’entend rien. Pas même la complainte volatile des quelques moineaux qui font le guet. Tout est enveloppé d’un cocon ouaté, aveuglant.


Je n’aime pas ça. Je n’aime pas le matin. Cette fraîcheur… C’est comme si tout recommençais, une fois encore. On tourne, on se cache, et il faut finalement soulever sa carcasse à l’appel. Mon corps me pèse. L’ambiance est lourde, dans la pénombre, le bruit, les premières agitations. Il faut tout supporter, s’empresser de suivre, la bonne vieille routine, pour espérer passer à autre chose, dépasser la morosité, qui colle comme de la glu à mes yeux. Je sue. Je suis poisseux.

On me sert un café. Je ne dis rien. Je porte juste à ma bouche le liquide brûlant, noir comme mes yeux. La chaleur réveille mes entrailles de ses saccades. Je sirote. Une brèche, une faille, dans cette parade macabre, que rien n’arrête. Ça grésille à côté, trop fort pour mes tympans. Les nouvelles ne sont pas bonnes. La routine. Rien d’étonnant…

- T’as encore fait le zombie cette nuit Marteau ! On va finir par t’attacher à ton lit !

- Ce serait pas pour me déplaire ! Attachez-moi au lit pour le restant de mes jours si vous voulez !

- Dis pas de bêtises !

Je marche dans mon sommeil. D’ailleurs, à l’heure qu’il est, je ne sais même pas si je suis toujours en train de rêver. Mon corps est flasque. Mes yeux se ferment…


***


Je marche pour tromper la fatigue, l’épuisement. Avec le brouillard, chaque foulée se ressemble. Grisâtre. C’est l’état de mon monde. Un désert de sensation. L’air frais fouette mon visage. J’erre, l’air hagard, sous les regards blasés. De mon pas lent, je décris des cercles approximatifs, une spirale, qui se referme sur moi. Certains préfèrent des trajectoires plus chaotiques, zigzaguent entre les racines, s’arrêtent, reviennent au centre, inexorablement. Moi, je me réfugie dans ce mouvement éternel, aussi circonscrit soit-il.

- Change un peu de disque Marteau ! Tu vas finir par vomir, à force.

- T’inquiète ! C’est pas une centrifugeuse. Je risque rien.

De toute façon, ma tête s’évapore. J’abandonne mon petit manège. Le tabac se mêle aux fines gouttelettes de brume. Certains respirent la joie de vivre. Ici, on étouffe le désespoir de mourir. Je rentre dans le bocal. Je monte les marches, baigné dans une lumière irréelle, et je m’enfonce dans le couloir carrelé et nu. J’ouvre la dernière porte à droite.

- Revenez plus tard. Je viens juste de commencer !

- D’accord, pardon.

Je referme. Je vais pour m’asseoir. Je m’enfonce dans mon téléphone. C’est futile, lassant. Mais la lumière bleu fouette ma cornée. Je fais mine de me passionner pour un jeu sans fin. Il n’y a que ces avatars pour courir à perdre haleine, toujours plus loin, face à une vraie menace, des démons biens réels, et se relever, défaite après défaite, pour courir les mêmes mètres. Un peu plus, un peu moins, quelle importance… Les décors, les obstacles, les publicités… Tout tourne en boucle. Je me laisse inexorablement happer par cette sensation de mouvement, cette distraction qui efface tout. Plus de corps défaillant, plus de tête bourrée à craquer de tout et son contraire, plus de temps mort à contempler… Je ne suis plus qu’un pouce qui glisse, un aventurier sans cerveau qui parcoure inlassablement cette surface plane, ces 100 centimètres carré qui ne reflètent rien, rien d’autre qu’eux-même. Je me cloître dans ce petit espace. J’y suis tout entier. Je pourrais aussi bien être une puce électronique, un microprocesseur, au service d’un autre, qui chercherait aussi ce potentiel numérique de captation attentionnelle, comme on se réfugierait dans la douceur d’un bâillon.


[...]

 
 
 

1 commentaire


Jean Vialle
Jean Vialle
15 févr.

T'inquiète Martin-Marteau l’errance c'est la recherche de soi...

C'est dur je sais mais c'est fantastique d'essayer de ce trouver et c'est le chemin qui fait l'être...qui sait au détour d'une errance paumée, sans but, sans raison, sans avenir et semble t'il seul...mais non nous avons des connections qui sont bien au-delà de nos portables...

Je suis sourd, à moitié miro...mais j'entends dans la tête un son certain et je vois cette voix-voie qui me guide dans cette obscurité, dans cet d'obscurantisme ambiant, de négation de soi...

Petit martin-Marteau t'es pas perdu tu es sur la voie... et de tout cœur je t'accompagne, malgré la distance, l'absence si ce n'est pas moi ce sera un autre moi...

Courage la voie est…

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